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Repenser la recherche juridique : l’histoire derrière DeepLaw

La recherche juridique prend du temps, alors même que les informations pertinentes sont déjà disponibles sous forme numérique. Valmira Saiti, Lead Business Development et responsable du secteur des études d’avocats, explique comment DeepLaw a été développé pour combler cette lacune et redéfinir l’efficacité dans la pratique juridique suisse

La transformation numérique a profondément modifié de nombreux secteurs, mais la recherche juridique est longtemps restée intensive en main-d’œuvre et fragmentée. Fort de solides racines technologiques et d’une compréhension approfondie des processus de travail professionnels, DeepLaw s’est donné pour mission de faire évoluer cette réalité.

Comment et quand l’idée de DeepLaw est-elle née ?

L’idée de DeepLaw est née d’une observation concrète du quotidien juridique : la recherche juridique occupe une part considérable du temps de travail des avocat·e·s et autres professionnel·le·s du droit. Malgré la numérisation croissante, les recherches demeuraient souvent chronophages, fragmentées et dépendantes de requêtes classiques par mots-clés. Parallèlement, le volume d’informations juridiques ne cessait d’augmenter, tandis que les exigences en matière de rapidité, d’efficacité et de traçabilité se renforçaient.

Dans ce contexte, il est apparu clairement que les solutions de recherche traditionnelles ne répondaient plus aux exigences du travail juridique moderne. DeepLaw est ainsi né d’un constat précis : les professionnel·le·s du droit consacrent des ressources précieuses à la recherche, alors même que les informations pertinentes sont en principe disponibles au format numérique.

L’intégration complète et continuellement mise à jour de sources juridiques officielles telles que Fedlex, Lexfind ainsi que des décisions fédérales et cantonales impose des exigences élevées en matière de qualité des données et garantit une base fiable en termes de structuration et de synchronisation.

Quelle était votre vision initiale du produit et en quoi a-t-elle évolué au fil du développement ?

Dès le départ, l’objectif de DeepLaw était de simplifier et d’accélérer sensiblement la recherche juridique en droit suisse. Le produit s’adresse spécifiquement aux professionnel·le·s du droit tels que les avocat·e·s, les notaires ainsi que les services juridiques d’entreprise, qui ont besoin quotidiennement d’informations juridiques précises et vérifiables.

La vision consistait à créer une plateforme innovante permettant de poser des questions juridiques complexes en langage naturel et d’obtenir, en quelques secondes, des réponses claires et fondées sur des sources officielles. DeepLaw ne devait ni fournir d’opinions ni de résumés simplifiés, mais s’appuyer exclusivement sur des bases juridiques originales, directement vérifiables.

Artificialy a également participé au développement de DeepLaw. Pouvez-vous expliquer brièvement qui est Artificialy et sa contribution au projet ?

Artificialy, dont le siège principal se trouve à Lugano et à Zurich, est une entreprise fondée en 2019 par Luca Gambardella et Marco Zaffalon, professeurs à l’IDSIA (Institut Dalle Molle d’intelligence artificielle), forts de plusieurs décennies d’expérience en intelligence artificielle.

Artificialy est responsable du développement de nombreuses composantes d’intelligence artificielle au sein de l’écosystème DeepCloud. Dans le cadre de DeepLaw, l’entreprise a conçu l’ensemble du moteur d’IA : notamment le modèle d’IA, le moteur de recherche sémantique intelligent, la pipeline agentique, l’optimisation des modèles ainsi que la mise en production de la composante d’IA.

Quels ont été les principaux défis techniques ou organisationnels durant le développement ?

L’un des principaux défis techniques consistait à concilier la technologie basée sur l’IA avec les exigences élevées de précision juridique. La recherche juridique requiert fiabilité, transparence des sources et capacité de citation, des caractéristiques souvent absentes des solutions d’IA ou de recherche généralistes.

En particulier, l’intégration complète et continuellement mise à jour des sources officielles du droit fédéral via Fedlex, des législations cantonales via Lexfind, ainsi que l’intégration directe des arrêts des tribunaux fédéraux et cantonaux, a imposé des exigences élevées en matière de qualité des données, de structuration et de synchronisation. Parallèlement, DeepLaw devait être développé de manière à comprendre le langage naturel, à traiter correctement des contenus multilingues et à restituer exclusivement des sources originales vérifiables.

Quel rôle les retours des utilisateur·rice·s, des client·e·s ou des partenaires externes ont-ils joué dans l’évolution du produit ?

Les retours des utilisateur·rice·s et des professionnel·le·s du droit ont joué un rôle central dans le développement continu de DeepLaw. La plateforme ayant été conçue spécifiquement pour les professionnel·le·s du droit, il était essentiel de comprendre leurs méthodes de travail, leurs attentes et leurs cas d’usage concrets.

Les retours ont notamment permis d’optimiser l’ergonomie, d’affiner la logique des réponses et de garantir que les contenus fournis soient non seulement exacts, mais également directement exploitables dans la pratique quotidienne. Cette orientation étroite vers les besoins du public cible a largement contribué à positionner DeepLaw comme une solution de recherche efficace et ancrée dans la pratique.

De quoi êtes-vous particulièrement fier·ère dans le produit final ?

DeepLaw se distingue fondamentalement par sa focalisation cohérente sur le droit suisse et sur des sources juridiques exclusivement officielles et originales. Alors que d’autres outils d’IA fournissent des opinions secondaires ou des contenus web non vérifiables, DeepLaw propose des réponses directement citables ainsi qu’un accès aux sources originales au niveau fédéral et cantonal.

Il convient également de souligner la combinaison du traitement du langage naturel, de l’utilisation multilingue incluant des traductions automatiques, ainsi que l’approche sans compromis en matière de protection des données : les requêtes ne sont pas utilisées pour l’entraînement de l’IA et demeurent entièrement confidentielles sur des serveurs situés en Suisse. Cette alliance d’efficacité, de précision et de sécurité confère à DeepLaw son caractère unique.

Quelles sont les prochaines étapes après le lancement du produit ?

Après le lancement, l’accent est mis sur le développement continu de DeepLaw et sur une adaptation toujours plus fine aux besoins des professionnel·le·s du droit. Sont notamment prévues de nouvelles optimisations de la logique de recherche et de réponse basée sur l’IA, l’extension et la mise à jour continues des sources juridiques ainsi que des fonctionnalités supplémentaires favorisant la collaboration et le partage sécurisé des résultats de recherche.

L’objectif demeure d’établir durablement DeepLaw comme plateforme centrale et fiable de recherche en droit suisse et de renforcer de manière pérenne l’efficacité du travail juridique.

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